Les documents consignés dans les archives révèlent la présence de chirurgiens en Nouvelle-France dès les débuts de la colonisation. N'est ce pas le chirurgien-barbier Sampson Ripault qui, à la demande de Jacques Cartier, pratiqua la première autopsie, à Québec, au printemps de 1536 sur le corps d'un scorbutique? Découvreurs et explorateurs tenaient à la présence d'un médecin avant de s'aventurer dans l'inconnu. En 1608, lors de la fondation de Québec, le chirurgien Bonnerme accompagnait Samuel de Champlain, mais il devait lui-même être victime du scorbut dès l'hiver suivant.
Robert Giffard, premier seigneur de Beauport, était lui-même chirurgien. Par la suite, il y eut toujours dans la colonie des disciples d'Eusclape, mais ils ne pouvaient compter seulement sur leur art pour tirer leur épingle du jeu. Ils se faisaient paysans. Tel fut le cas de Louis Pinard. Il fit un premier voyage en Nouvelle-France et se plaça à la disposition des Jésuites, dont la Journal mentionne le retour à la Rochelle. Il s'embarqua à Québec le 23 août 1650, mais devait retraverser l'Atlantique quelques années plus tard se fixer définitivement dans la colonie.
Louis Pinard, fils de Jean et de Marguerite Gaigneur, avait vu le jour à La Rochelle en 1634. De l'église Sainte-Marguerite, ou il fut baptisé le 2 juillet, il n'existe plus que la tour carré, la façade et des fenêtres. Elle a été désaffectée, et le sommet de la tour culmine au-dessus d'une école. Le grand-père, également prénommé Louis, était un marchand de Cognac. C'est son fils, Jean, qui s'établit à La Rochelle. Son mariage avec Marguerite Gaigneur fut célébré en l'église Sainte-Marguerite.
Lorsque l'ancien donné des Jésuites se rembarque pour la Nouvelle-France, c'est avec le statut de chirurgien. Il passera toute son existence dans la région trifluvienne. C'est aux Trois-Rivières, le 11 juin 1657, qu'il signera un premier contrat de mariage par-devant le notaire royal Séverin Ameau avec Marie-Madeleine Hertel, fille de Jacques et de Marie Marguerite. C'est seulement le 29 octobre de l'année suivante que le missionnaire René Ménard, qui avait été supérieur de la résidence des Jésuites, bénit l'union. La jeune épousée (elle venait tout juste de fêter ses 13 ans) était la soeur de ce François Hertel qui allait connaître une carrière si prestigieuse que les historiens lui ont décerné le titre de " héros trifluvien ". Louis Pinard était alors chirurgien du fort, et il ne manqua sûrement pas de travail lorsqu'on songe au grand nombre de victimes qui firent les Iroquois dans le secteur.
Louis eut six enfants de Marie-Madeleine. tout d'abord une fille, Marie-Françoise, qui épousa Martin Giguère en 1682 et fut aussi mère de six enfants. Puis, deux fils, Claude et Louis. Le premier choisit pour compagne de vie Marie-Françoise Gamelin, fille de Michel et de Marguerite Crevier, en 1694; le couple se fixa à St-François-du-Lac et eut huit enfants dont deux fils. Louis fut le père d'une plus grande famille encore, avec Marie-Madeleine Renou, fille de François et de Marguerite Crevier ( la même que précédemment, qui était devenue veuve), qu'il épousa en 1698: onze enfants dont cinq fils, tous nés à St-François-du-Lac. Louis avait à son patronyme le surnom de Lauzier.
Trois filles naquirent ensuite. Marguerite épousa, en 1692, François Reiche, un menuisier, charpentier et archer originaire du Languedoc. Le couple eut neuf enfants. Marie-Angélique se laissa conduire à l'autel, en 1705, par André Bonin dit Delisle (une fille et deux fils). On ne sait ce qu'il advint de Madeleine, que René Jetté, dans un ouvrage plus récent, dit être née vers 1679, car on lui donne l'âge de deux ans lors du recensement de 1681.
Le chirurgien est sûrement retourné en France, car le Père Archange Godbout signale que, le 17 mai 1666, il est présent à La Rochelle, où il achète quarante-six paires de souliers neufs et signe deux obligations en faveur du maître cordonnier Pierre Micheau, l'une de 90 livres, résultant d'un emprunt. Louis Pinard ne devait pas rouler sur l'or, car s'il rentre avec autant de chaussures, c'est qu'il espère réaliser un profit par leur revente. Mais il a un parent, Guillaume Feniou, qui est marchand à Québec. Le chirurgien-paysan aurait-il une nouvelle fois traversé l'Atlantique pour effectuer des achats à son intention, à La Rochelle?
En tout cas, il était de retour la même année comme en fait foi le recensement de 1666. À ce moment-là, seule l'aînée des filles, Marie-Françoise, est née. L'année suivante, il figure au recensement du Cap-de-la-Madeleine. Il met alors vingt arpents en valeur, ne possède qu'une tête de bétail et emploie un serviteur âgé de 17 ans, Jacques Dubois.
Devenu veuf, Louis Pinard contracta une seconde union, en 1680. Le 25 novembre, il signait une entente à cet effet avec Marie-Ursule Pépin, par-devant le notaire Adhémar. Cette nouvelle épouse, fille de Guillaume Pépin et de Jeanne Méchin, était veuve de Nicolas Geoffroy, à qui elle n'avait donné qu'une fille. L'union fut célébrée le 30 novembre à Champlain par François Dupré, le premier curé. C'est d'ailleurs le deuxième mariage qui figure dans les registres de la paroisse.
L'année suivante, les recenseurs trouvent le couple à Batiscan, où il met vingt arpents en valeur. Tous les enfants du premier lit vivent sous le nouveau toit. Les fils, Claude et Louis, ont respectivement 14 et 12 ans. Six autres enfants s'ajouteront à la famille. Tout d'abord, quatre fils: Antoine, Louis, Michel et Guillaume. En 1708, Antoine épousera Marie Jutras, fille de Dominique et de Marie Niquet, qui lui donnera neuf filles et deux fils. On n'a pas retrouvé la trace du deuxième fils, Louis. Le suivant, Michel, ne vécut que quelques heures. Le quatrième, Guillaume, fonda en 1720 un foyer avec Marguerite Leclerc, fille de Jean et de Marie-Claire Loiseau (7 enfants dont 2 fils).
Naquirent ensuite une fille et un fils. Marie-Ursule épousa, en 1714, Michel Jutras, le frère de Marie, déjà mentionnée. Le Benjamin de la famille, Jean-Baptiste, conduisit à l'autel, en 1724, Agnès Gauthier, fille de Germain et de Jeanne Beauchamp (3 fils et une fille).
Louis Pinard brassait sûrement des affaires, car il comparut près d'une dizaine de fois devant le Conseil souverain. En 1678, il n'a pas encore réglé ses dettes à l'endroit du maître cordonnier Pierre Micheau, et celui-ci, depuis La Rochelle, fait saisir sa concession.